Fortement concurrentiel, le marché du Facility management connaît un essor sans précédent. Quels en sont les contours, les enjeux et les perspectives pour Equans ? Réponses avec Laurent Patry, Global Facility Management Expert de l’activité.
Bonjour Laurent, vous pilotez l’activité FM d’Equans, qu’est-ce que cela recouvre ?
Le Facility management (FM) recouvre l'ensemble des activités relatives à la gestion d’un bâtiment. C’est une activité très vaste qui adresse tous les acteurs économiques, publics et privés, et tous types de bâtiments : bureaux, sites de production, centres de recherche, ministères, bâtiments et équipements publics, hôpitaux, sites militaires, musées, stades, aéroports…
Elle comprend la maintenance préventive et corrective, le maintien en conformité réglementaire et la gestion énergétique des bâtiments. Elle intègre également les services aux occupants, comme le nettoyage, la sécurité ou la restauration.
Au sein d’Equans, l’activité représente plus de 4Md€, une présence dans 17 pays, 23 000 ingénieurs et techniciens hautement qualifiés, un réseau de 250 partenaires prêts à intervenir et un maillage local nous permettant d’être au plus près des besoins de nos clients dans la plupart de nos pays d’implantation.
Le marché du FM est en croissance soutenue depuis plusieurs années, comment l’expliquez-vous ?
La valeur mondiale du marché est estimée à 1 620 milliards de dollars d'ici 2026 et devrait atteindre un taux de croissance annuel de 8,20 % en Europe sur la période 2024-2031.
C’est colossal et cela s’explique de deux manières. Tout d’abord, par une forte tendance à l’externalisation : 70 % des entreprises en Europe externalisent tout ou partie de leurs besoins en matière de maintenance et de gestion des installations et des services. Ce chiffre atteint 85 % dans les grandes entreprises. Ensuite par l’augmentation prévue des dépenses consacrées à la performance énergétique des bâtiments, de l’ordre de 15% par an d’ici 2030.
Le secteur du bâtiment est la première source d’émissions de carbone dans les pays développés. En 2022, les bâtiments représentaient 37 % de l’empreinte carbone mondiale liée à l’énergie et aux opérations, soit un peu moins de 10 Gt de CO2.1 La décarbonation des bâtiments s’impose comme l’un des grands défis de notre époque. Face à l’urgence climatique, au durcissement des réglementations (décret Tertiaire, BACS, CSRD…) et à la hausse des coûts de l’énergie, l’ensemble des acteurs économiques se mobilise pour accélérer la transition vers des bâtiments plus sobres, plus durables et plus résilients.
La nécessité d’améliorer la résilience des bâtiments face au changement climatique et la digitalisation croissante des services, avec l’arrivée de l’IA et ses impacts sur l’automatisation des systèmes et le pilotage prédictif des bâtiments dopent également le marché.
“ Un bâtiment est un actif à forte valeur qu’il faut savoir apprécier ”
Quelle position occupe Equans sur ce marché ?
Le marché est très concurrentiel à l’échelon mondial comme national. Il regroupe des acteurs du monde du BTP, de l’énergie, du nettoyage ou encore de la gestion immobilière disposant de larges expertises multitechniques et multiservices.
Nous y occupons une place de leader en France et une position préférentielle d’acteur légitime et reconnu à l’échelle européenne. Nous avons plus de 30 ans d’expertise sur le sujet et une forte capacité d’intégration de toutes les expertises et les solutions techniques nécessaires au pilotage de ces actifs immobiliers de bout en bout de leur cycle de vie, y compris en environnement critique. C’est ce qui plait à nos clients.
Plus en détail, où se fait la valeur ajoutée Equans ?
Pour Equans, un bâtiment c’est bien plus que de simples murs et des systèmes à entretenir. C’est un actif qui a de la valeur et qu’il faut savoir gérer et piloter dans le temps afin que cette dernière s’apprécie. L’optimisation financière est donc indissociable de l’optimisation technique, organisationnelle ou énergétique… Nous pensons le FM comme un levier qui active tous les aspects de la création de valeur tout au long du cycle de vie d’un bâtiment.
Et nous développons pour cela des offres intégrées sur-mesure et un large panel de solutions contractuelles qui couvrent l’entièreté des enjeux de performance de nos clients.
Notre autre atout clé, c’est notre modèle de « doers », qui place l’ingénierie et l’expertise technique au cœur de nos savoir-faire. Nos principaux marqueurs sont notre expertise technique, notre proximité territoriale et notre capacité à délivrer en propre des services techniques et des travaux. Nous avons une vision holistique de notre métier qui s’appuie sur toutes les forces vives et les expertises du Groupe. Le taux de ce que nous délivrons nous-même dépasse les 85%, ce qui nous permet de maitriser la sécurité, la conformité et la qualité de l’exécution des prestations tout au long de la chaine de valeur. C’est essentiel sur ces marchés qui reposent sur des logiques partenariales à long terme. Cela crée durablement de la confiance.
Y compris sur les sujets de durabilité et de datas au cœur des enjeux actuels ?
Oui bien sûr. La réduction de l’empreinte environnementale des bâtiments et l’intégration des nouvelles technologies – et de l’IA – comme clé d’analyse et d’optimisation sont centrales. Tous les clients ont les yeux rivés sur leur performance énergétique et leur trajectoire Net Zéro Carbone. Nous les aidons à consommer moins, de manière plus écologique et plus flexible, en encourageant l'économie circulaire.
Cela nous amène à cartographier les émissions de gaz à effet de serre, à établir les bilans carbone puis à projeter les trajectoires de décarbonation des bâtiments que nous gérons, comme c’est le cas au siège de TF1 à Boulogne-Billancourt ou pour le Ministère Britannique de la Défense, au Royaume-Uni.
Cela implique de collecter et d’analyser la data. Elle permet à nos ingénieurs de maximiser la performance des actifs et d’anticiper le remplacement des systèmes inefficaces, afin de limiter le gaspillage d’énergie et d’accompagner nos clients dans leur trajectoire. Nous déployons dans ce cadre des modèles BIM augmenté par l’IA, comme c’est le cas sur le Campus Centrale Supelec de Paris-Saclay.
Enfin, nous travaillons la résilience de ces mêmes bâtiments face aux changements climatiques à venir grâce aux analyses prédictives et sommes également en mesure de conduire la réalisation des travaux de modernisation / de mise aux normes qui en découlent.
Vous avez récemment remporté de gros contrats, en quoi sont-ils emblématiques de la pertinence de cette approche intégrée ?
Que ce soit dans le public ou le privé, notre portefeuille est pour l’essentiel constitué de contrats pluriannuels. La reconduction de ces contrats est en soi un formidable indicateur de mesure de notre performance opérationnelle et de notre capacité à développer des relations partenariales sur le long terme. Le renouvellement pour 10 ans en 2023 de notre contrat de pilotage des bâtiments de l’Union Européenne à Bruxelles s’inscrit dans cette logique. Il illustre également bien notre aptitude à combiner exploitation et maintenance avec optimisation énergétique et travaux de modernisation.
Parallèlement, il faut savoir être performant et innovant pour remporter de nouveaux marchés. Nos derniers gains, par exemple, pour l’un des sites de production de General Electric Vernova, valident notre approche systémique qui mise sur l’excellence opérationnelle, l’intégration des enjeux de décarbonation et la transversalité des expertises métiers.
Le FM en 5 points clés
- Une expertise reconnue depuis plus de 30 ans dans la maintenance et la gestion du cycle de vie des installations
- Un large champ d’intervention allant du tertiaire (bureaux, data centers, aéroports) à l’industrie (sites de production, sites de R&D…) en passant par le monde hospitalier et la sphère publique (bâtiments publics, sites militaires stades, prisons, écoles, musées…)
- Des contrats de long terme signés à 50% dans le public et 50 % dans le privé.
- Des solutions intégrées couvrant de bout en bout la gestion, la maintenance et l’évolution technique, énergétique, servicielle et environnementale des bâtiments tout au long de leur cycle de vie
- 4,2 Md€ de chiffres d’affaires, 23 000 techniciens hautement qualifiés et certifiés